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Touche Pas à mon poste, rempart contre le fascisme

Hanouna, une autorité reconnue sur Harendt, se moque des « bien-pensants » qui lui reprochent de donner un porte-voix aux fascistes de Génération Identitaire. Parce que Hanouna, il fait de la télé depuis longtemps, il aime la controverse, it sait la gérer, il s’en nourrit.

Et il a la prétention de penser qu’il peut inviter des fascistes dans son émission, mais de manière contrôlée, avec des contradicteurs. Ces gens le méprisent, pour tout ce qu’il est, tout ce qu’il représente, mais qu’on se rassure, ça sera un débat, un vrai débat vous dis-je !

Ce qu’Hanouna n’a pas compris, dans son arrogance et sa suffisance de type bloqué dans son microcosme télévisuel, c’est que les fascistes s’en foutent de débattre. Ils sont immunisés contre vos Très Bonnes Questions, comme disait @KetanJ0 :

Ils veulent juste se déplacer tactiquement de la frange extrême et inacceptable à la frange un peu moins extrême et un peu moins inacceptable. C’est tout. L’exposition leur suffit, et tu leur offres. Ils sont là pour recruter, pas débattre, et augmenter leur visibilité c’est augmenter leur capacité de recrutement, qui se fait par l’exposition –?entre autres médiatique?– et non par le noble débat d’idées.

Quelle tolérance pour les ennemis de la tolérance, demandait justement Karl Popper ? Apparemment, bien que posée en 1945, la question n’a pas encore atteint l’équipe de production de TPMP. Quand on cherche à débattre ces gens, à une heure de grande écoute, ils ont déjà gagné la manche, car ce qui est en jeu est l’acceptabilité même de leur présence, et non leurs idées, contrairement à ce que pense Hanouna, visiblement grand spécialiste de la fenêtre d’Overton.

Le simple fait d’être passé dans l’émission sera célébré comme une victoire, peu importe si les contradicteurs ont posé « de bonnes questions ». Le comble de l’ironie –?et le reflet de sa suffisance?– est quand dans une vidéo de 2 min 30 justifiant son choix de donner la parole public et de légitimer (tout en pensant délégitimer) un groupe fasciste, Hanouna passe à peu près une minute à se moquer de celles et ceux… qui lui reprochent d’inviter un groupe fasciste, en leur expliquant de manière moqueuse et arrogante que toute publicité pour son émission est bonne à prendre, et qu’il est « dans une cage, et vous vous m’apportez de la viande ! ».

Et que penses-tu faire exactement là, Cyril, à part apporter à la cage de Génération Identitaire de la viande, des caméras, tout ton cirque médiatique et suffisamment d’esprits un peu perdus, en colère ou dans un mal-être suffisant pour être réceptifs à ces fascistes ?

Incapable de voir la contradiction la plus évidente, mais parfaitement équipé pour interviewer des fascistes sans que ça leur bénéficie ?
Allons donc.

Reconnaissance faciale et fausse bienveillance

Dans la course à l’acception publique de la reconnaissance faciale, certains proposent qu’elle puisse détecter dans une foule une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer n’arrivant pas à rentrer chez elle.

“Crowds at the Cauldron” by scalpel3000 is licensed under CC BY-NC-SA 2.0

Sous couvert de bonnes intentions, ce genre de discours est dangereux. Ce discours pousse une profonde déresponsabilisation collective. Il prend pour acquis ou encourage les comportements individualistes.

Dans une société qui encourage le soin mutuel, la responsabilité d’aider une personne qui ne retrouve pas le chemin de chez soi est partagée. Elle incombe à qui peut, à ce moment et à cet endroit, porter assistance. Ce genre de principe existe depuis longtemps, y compris en droit (cf. l’assistance à personne en danger). Une tolérance, mieux, une reconnaissance doit exister pour celles et ceux qui aident autrui. Ce que ce genre de techno-solutionisme dit, sous couvert de bonnes intentions, c’est qu’il est normal et légitime que nous n’ayons pas à nous préoccuper de la personne qui est perdue, qui a besoin d’aide. Que notre devoir est de continuer à aller au travail, faire des courses.

© Benoît Prieur / Wikimedia Commons

Ce que ce genre de techno-solutionisme dit, sous couvert de bonnes intentions, c’est qu’il est normal et légitime que nous n’ayons pas à nous préoccuper de la personne qui est perdue, qui a besoin d’aide. Que notre devoir est de continuer à aller au travail, faire des courses.

Et que cette légitimité à ignorer les autres membres de la société, autour de nous, y compris celles et ceux qui ont besoin d’aide, est construite dans la structure technologique de la ville même : des machines s’occuperont de faibles, des perdus, des autres. Aucune raison de s’arrêter pour aider la personne perdue, la construction technique justifie, légitime et encourage de rentrer chez soi pour aller regarder Netflix et commander à manger par une appli sur son téléphone.

La technologie comme structure de l’individualisme.
Une raison, parmi d’autres, de s’opposer à la reconnaissance faciale.

Si vous voulez agir, rejoignez le mouvement contre la Technopolice : technopolice.fr/


Note : initialement publié sous la forme d’une série de tweets / toots. Republié ici parce que je ne suis pas le dernier à dire « get a blog » quand je vois des threads intéressants et long sur Twitter ou Mastodon.